Ancrage du guide et références fondatrices

Le présent guide s’appuie sur les documents originaux relatifs à la compétence 15, tels qu’élaborés conjointement par le Conseil en Éducation des Premières Nations (CEPN), l’Institut Tshakapesh et Onywawenda’, Patrimoine, Éducation et Développement de la main-d’œuvre (autrefois appelé « Centre de développement de la formation et de la main-d’œuvre huron-wendat »). La compétence 15 est le fruit d’un travail concerté de réflexion, de rédaction et de structuration réalisé par ces organisations, et elle a obtenu l’adhésion entière des membres de la Table nationale sur la réussite éducative des apprenants et apprenantes autochtones.

Ce guide ne vise donc pas à redéfinir la compétence 15, mais à en proposer une lecture accessible, structurée et contextualisée afin de soutenir sa compréhension et sa mise en œuvre dans les milieux éducatifs. Il s’inscrit dans une continuité respectueuse des travaux fondateurs et reconnaît pleinement l’expertise, le leadership et la contribution des organisations et instances qui ont porté et façonné la compétence 15.

Notre démarche réflexive

Le processus de réflexion ayant mené à l’élaboration de ce guide repose sur une approche dialogique, expérientielle et exploratoire, volontairement ancrée dans les réalités vécues dans les milieux éducatifs autochtones. Il s’agit d’un processus collaboratif et évolutif, fondé sur l’échange, la mise en commun des expériences et la confrontation respectueuse des points de vue. À certaines étapes, des désaccords ont émergé au sein de l’équipe de travail. Ces tensions ont été reconnues comme légitimes et nécessaires, puisqu’elles ont permis d’approfondir la réflexion, de nuancer les positions et de renforcer la cohérence du guide.

Dès le départ, nous avons reconnu la complémentarité et l’interdépendance des différentes dimensions de la compétence 15. Plutôt que de les traiter comme des composantes distinctes ou hiérarchisées, nous avons choisi de les envisager comme un ensemble cohérent, en interaction constante. Cette posture holistique s’inscrit dans une compréhension expérientielle de l’apprentissage, où les savoirs se construisent par le dialogue, l’action, l’observation et la réflexion, plutôt que dans une logique strictement linéaire ou prescriptive.

Parmi ces dimensions, celle qui invite à s’engager dans un processus d’apprentissage continu en tant qu’apprenant ou apprenante, plutôt qu’en tant qu’expert ou experte, a été placée au cœur de la démarche. Nous l’avons retenue comme dimension transversale, puisqu’elle soutient et traverse l’ensemble des autres dimensions de la compétence 15. Cette posture d’ouverture, d’humilité intellectuelle et de curiosité active – par opposition à une posture d’expertise figée – a guidé l’ensemble du travail d’élaboration du guide. À l’instar des étudiants et étudiantes appelés à développer cette compétence, les membres de l’équipe ont eux-mêmes adopté cette posture tout au long du processus.

C’est cette même posture que le guide souhaite encourager chez les futurs enseignants et enseignantes, non seulement dans le développement de la compétence 15, mais dans l’ensemble de leur parcours professionnel.

Dimensions de la compétence 15

  1. Milieu d’apprentissage
  2. Sécurisation culturelle
  3. Valorisation de la culture
  4. Pratiques pédagogiques
  5. Relations respectueuses
  6. Mode d’apprentissage
  7. Apprentissage tout au long de la vie
  8. Création de liens
  9. Contenus authentiques
  10. Posture d’apprenant(e)

Processus de création

La démarche d’élaboration du Guide de la compétence 15 s’est déroulée en plusieurs étapes structurantes, sous la responsabilité du comité « Compétence 15 » du Conseil en Éducation des Premières Nations (CEPN). Ce travail s’inscrit dans une logique de rigueur, de coconstruction et d’ancrage dans les réalités des milieux éducatifs.

L’équipe a débuté ses travaux par un examen approfondi du document original décrivant la compétence 15, afin d’en comprendre les fondements, la portée et les intentions. Dans cette première phase, chacune des dimensions de la compétence 15 a été volontairement isolée, ce qui a permis une analyse plus ciblée et fine de leurs composantes respectives. On y a également identifié et exploré les ressources existantes susceptibles de soutenir le développement de chacune des dimensions.

Dans un second temps, de petites équipes de travail ont été formées afin qu’elles proposent une première ébauche et une clarification des dimensions. Ces propositions ont ensuite fait l’objet d’échanges approfondis, de révisions et d’ajustements au sein du comité. Les discussions menées ont contribué non seulement à préciser le sens et la portée des dimensions, mais également à clarifier la mission même du comité. Elles ont notamment permis d’examiner le format à privilégier pour soutenir le développement de la compétence 15 : guide, formation ou autre dispositif d’accompagnement.

Une rencontre intensive de deux jours a constitué une étape charnière du processus. Cette rencontre a permis la rédaction collaborative d’une première version du guide, en mettant en dialogue les différentes perspectives, expertises et expériences des membres du comité.

L’ensemble de ce processus, à la fois structuré et évolutif, s’inscrit dans une volonté explicite de coconstruction et d’ancrage constant dans les réalités vécues dans les milieux éducatifs accompagnés par le CEPN. Il reflète une démarche cohérente avec l’esprit de la compétence 15, fondée sur l’apprentissage continu, la réflexion collective et l’ajustement aux contextes.

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Guide

Mode d’utilisation du guide

Les différentes dimensions de la compétence 15 sont envisagées comme un ensemble cohérent et interdépendant, plutôt que comme des éléments distincts ou hiérarchisés. Cette perspective holistique s’inscrit dans une approche expérientielle de l’apprentissage, où les savoirs se construisent par le dialogue, l’action, l’observation et la réflexion, plutôt que selon une progression linéaire ou prescriptive.

Parmi ces dimensions, celle qui met l’accent sur l’apprentissage continu envisagé depuis une posture d’apprenant ou d’apprenante – plutôt que d’expert ou d’experte – occupe une place centrale et transversale. Elle soutient l’ensemble des autres dimensions et invite à adopter, tout au long du processus, une attitude d’ouverture, de réflexion et de curiosité active dans la compréhension, l’intégration et la mise en œuvre de la compétence 15.

Dans cette logique, il est recommandé d’explorer le guide de manière non séquentielle. Par exemple, il est tout à fait possible, voire souhaitable, de sauter d’une dimension à l’autre dans un ordre déterminé par vos intérêts et vos besoins de formation et de cheminement professionnel.

Contexte historique

Il est important de comprendre que, dans le cadre de la colonisation, les institutions gouvernementales et scolaires ont été historiquement utilisées comme des outils d’assimilation culturelle à l’encontre des peuples autochtones. À partir du milieu du XIXe siècle, le gouvernement fédéral a mis en place une série de mécanismes d’assimilation, dont le système de pensionnats autochtones, financés par l’État et administrés en collaboration avec les Églises. L’objectif officiel de ce système était d’éduquer et de « civiliser » des enfants autochtones en les séparant de leurs familles, de leurs langues et de leurs cultures. Plus de 150 000 enfants des Premières Nations, des Inuit et des Métis ont fréquenté ces établissements entre le XIXe siècle et la fermeture des derniers pensionnats dans les années 1990. Au Québec, le dernier pensionnat autochtone, situé à Mashteuiatsh, a fermé ses portes en 1991. Comme les autres établissements du réseau, il servait d’outil d’« assimilation culturelle » visant à faire abandonner aux personnes apprenantes leurs traditions et leurs langues maternelles.

Les impacts de ces politiques ont perduré : des générations ont vécu la rupture des liens familiaux et culturels, et de nombreux apprenants et apprenantes ont subi de mauvais traitements qui ont laissé des séquelles psychologiques et sociales profondes. Les effets de ces expériences traversent les générations et se manifestent encore aujourd’hui dans les attitudes, la confiance envers les institutions éducatives et les relations interpersonnelles.

Même si ces événements appartiennent au passé, il est nécessaire de les reconnaître sans culpabilisation des individus actuels, afin de comprendre les perceptions, les réticences ou les besoins particuliers que peuvent exprimer des personnes apprenantes et des familles autochtones dans le milieu scolaire. La Commission de vérité et réconciliation du Canada, établie de 2008 à 2015, a documenté ces histoires à partir des témoignages des survivants et survivantes et a souligné l’importance de cette reconnaissance comme une étape essentielle pour accompagner le développement de relations respectueuses et de pratiques éducatives culturellement sensibles.